Publicado: 24-05-2003
Les marques
musulmanes naissantes réussiront-elles à faire tomber le monopole
privé de Coca-Cola ?
De
Zam Zam Cola à Mecca Cola en passant par Qibla Cola, les boissons aux
noms islamiques investissent le marché marocain. Aucune des boissons
précédentes n’a la prétention de faire la concurrence
au géant d’Atlanta. Et pourtant, Coca-Cola a vu ses ventes baisser
au Maroc, selon des responsables de Coca-Cola Maroc. Pepsi-Cola, une autre marque
américaine, arrive alors que les marques musulmanes prennent leurs places.
Arab
Cola, Qibla Cola, Zam Zam Cola et …Mecca Cola. Des noms de boissons gazeuses
aux origines différentes mais aux objectifs presque communs. La prolifération
de ce genre de boissons coïncide avec la propagation parmi la population
arabe d’un sentiment hostile à la politique américaine dans
le traitement des peuples arabo-musulmans. Si le représentant de Zam
Zam Cola au Maroc, Hassan Sentissi dément formellement avoir des intentions
anti-américaines ou tendant à ébranler le poids de Coca-Cola
au Maroc, les inventeurs des autres marques de boissons sont les adeptes d’une
pensée qui met en avant la défense de la cause palestinienne et
la lutte acharnée contre le mouvement sioniste dans le monde. Qu’en
est-il de leur connotation religieuse ? Mecca est le nom de la célèbre
ville sainte située en Arabie Saoudite où les Musulmans sont invités
chaque année à effectuer le pèlerinage et la “Omra”.
Zam Zam est le nom d’une eau historique émanant d’une source
pure que boivent les habitants de Mecca. Qibla, elle, désigne en général
la direction de la ville Mecca où se trouvent les lieux saints de l’Islam
et vers laquelle tous les Musulmans pratiquants s’orientent pour accomplir
la prière. Pour Abdelbari Zemzemi, imam d’une mosquée à
Casablanca, “l’emploi des noms des lieux saints de l’Islam à
des fins commerciales est strictement interdit par la religion”. Le prophète
Sidna Mohammed a, dans plusieurs hadiths, interdit aux Musulmans d’employer
les mosquées et les noms des lieux saints pour faire du commerce.
La
boisson “miracle”
Mecca
Cola est une marque déposée en France. Elle est créée
par Tawfik Mathlouti, un Français d’origine tunisienne. Son lancement
en novembre 2002 en France et peu après dans quelques pays européens
a connu un succès notoire. Tous les médias occidentaux, de la
presse écrite à la télévision, ont réalisé
des reportages et des écrits sur celui auquel CNN a attribué “la
paternité du premier produit anti-impérialiste dans le monde”.
Ses convictions religieuses et son hostilité avérée contre
l’expansion sioniste et le nouvel impérialisme américain
ont fait de lui un homme parfaitement dédié à la cause
palestinienne et aux causes arabes en général. Avant d’inventer
Mecca Cola, il a tenté d’entrer en contact avec les responsables
de Zam Zam Cola en Iran pour avoir la franchise de commercialiser ce produit
visiblement anti-américain en France et en Europe. Une fois, deux fois,
dix fois, “impossible d’obtenir un responsable”, confie-t-il
au quotidien français le Monde, dans un article publié le 4 février
2003. “Moi, tout ce que je voulais, c’était devenir leur représentant
en France et populariser le produit”, ajoutait-il. N’ayant pas réussi
à obtenir la franchise de Zam Zam Cola, il s’est lancé dans
l’aventure. Il invente l’appellation, crée un site sur Internet,
trouve la composition chimique de son produit et dépose sa marque. À
partir d’une mise initiale de seulement 22.000 euros, il fonde la société
Mecca Cola Beverages. Malgré quelques difficultés qu’il a
rencontrés pour trouver un producteur, sa marque devait connaître
le succès. Voici quelques chiffres : trois millions de bouteilles d’un
litre et demi vendues en seulement quelques mois, 250 jusqu’à 300
millions d’ici la fin de l’année. Le succès de Mecca
Cola en Europe a étonné plus d’un observateur. Nul ne s’attendait
à la réussite d’une aventure devenue une success story en
moins d’un an d’activité.
Mardi
8 avril 2003, Mecca Cola Maroc ouvre ses portes. En association avec un homme
d’affaires marocain, Omar El Alami qui dirigeait le groupe familial Mifa,
Tawfik Mathlouti, crée une filiale au Maroc et lance ses premières
bouteilles. Dotée d’un capital initial de 10 millions de dirhams,
Mecca Cola Maroc va devenir, à terme, la plate-forme de distribution
de Tawfik Mathlouti en Afrique. Les prévisions des dirigeants de Mecca
Cola au Maroc sont très optimistes : “nous tablons sur un chiffre
d’affaires 2003 qui varie entre 120 et 150 millions de dirhams”, estime
Omar El Alami, président de Mecca Cola Maroc. Si un tel objectif est
atteint, le produit bousculera sérieusement la quiétude de Coca-Cola
qui commence déjà, dans le sillage de la guerre en Irak et la
persécution du peuple palestinien, à voir ses ventes baisser.
Jamais le géant d’Atlanta n’a été aussi secoué
qu’aujourd’hui dans sa position commerciale. La naissance des boissons
gazeuses aux noms islamiques et aux connotations politiques, couplée
à la colère généralisée des arabo-musulmans
contre la politique américaine, a mis à genoux l’embouteilleur
américain. Même si les promoteurs de ces marques au Maroc n’osent
pas contrecarrer l’hégémonie de Coca-Cola sur le marché.
Tawfik Mathlouti a affirmé qu’ “il faut être fou et mégalo
pour venir jouer la concurrence à des géants mondiaux comme Coca
et Pepsi”.Mêmes sentiments chez Hassan Sentissi qui se définit
comme un pur businessman dont les uniques objectifs ne sont autres que de gagner
de l’argent. Tout le contraire de Mathlouti qui qualifie son produit à
la fois de politique, économique et social. Outre l’objectif de
réaliser des bénéfices, l’homme d’affaires tunisien
veut soutenir la cause palestinienne en décidant de verser chaque année
10% des bénéfices nets à l’enfance palestinienne et
10% à l’enfance marocaine. Parole d’un homme profondément
engagé dans la lutte arabe pour préserver sa dignité. D’ailleurs,
sur les bouteilles de son produit est inscrit le slogan qui a rendu Mecca Cola
célèbre : “Ne buvez plus idiot, buvez engagé”.
Certains y voient une insulte voire une offense à l’intelligence
du consommateur. “Loin de là”, répond Mathlouti. “Nous
avons choisi ce slogan tout simplement pour secouer le consommateur et l’amener
à boycotter le produit américain”, ajoute-t-il. Proposé
au prix de 8,90 dirhams le litre et demi, Mecca Cola a investi depuis le 8 avril
2003 les surfaces de distribution de Casablanca en attendant qu’il soit
distribué partout dans le pays. Pour le moment, Mecca Cola est importé
de France en absence d’une unité de production locale. Mais, Omar
El Alami, président de la société, a assuré qu’un
contrat d’embouteillage est en cours de finalisation avec une société
marocaine autres que les embouteilleurs de Coca-Cola.
Zam
Zam Cola, la boisson iranienne.
C’est
l’armateur et l’homme d’affaires marocain, Hassan Sentissi, qui
est à l’origine de son implantation au Maroc. Cette marque de boissons
créée en Iran en 1979 selon le Monde et en 1954 selon Hassan Sentissi
n’est pas encore commercialisée au Maroc. Le franchisé a
obtenu l’exclusivité de la production et la distribution de Zam
Zam Cola non seulement au Maroc mais dans toute l’Afrique. Le contrat signé
en février 2003 permet à Hassan Sentissi de produire Zam Zam Cola
selon les critères industriels appliqués par la maison mère.
Contrairement à Mecca Cola qui fait aujourd’hui l’objet d’importation,
Zam Zam Cola sera produite au Maroc d’ici quelques mois après la
construction de l’usine qui sera installée dans la technopole industrielle
de Bouskoura. Selon le promoteur, la construction de l’usine nécessitera
un investissement dont le montant varie entre 40 et 60 millions de dirhams.
Des partenaires notamment bancaires s’associeront à Hassan Sentissi
pour concrétiser ce projet. Des contrats sont d’ores et déjà
signés avec des sociétés italiennes qui vont livrer des
machines dernière génération. Quant à la distribution
de son produit, Sentissi affirme qu’il va désigner des représentants
de la marque dans les grandes villes du pays. Lesquels représentants
se verront attribuer la mission de distribuer la boisson dans les points de
vente des régions dont ils s’occupent. Y aura-t-il une quelconque
distribution d’une partie des bénéfices pour le besoin des
causes palestinienne ou autres comme cela est le cas pour Mecca Cola ? Non,
répond Sentissi. “L’arrivée de Zam Zam Cola au Maroc
s’inscrit dans une logique purement économique qui ne mélange
pas le business avec le militantisme et la politique”, conclut-il.
Quant
à Qibla Cola et Arab Cola, ce sont des boissons de création très
récente. Lancées par de jeunes entrepreneurs animés des
mêmes volontés apparentes de limiter l’expansion des produits
américains, ces marques ne sont pas encore arrivées au Maroc.
Si elles arrivent un jour à Casablanca, le Maroc ressemblera à
un “souk” des cola où le consommateur aura une diversité
de marques. Probablement pour son grand bonheur. Pourquoi pas?
Le
lancement de Mecca Cola au Maroc rime-t-il avec les objectifs stratégiques
du pays ?
Depuis
quelques mois et avant le déclenchement de la guerre en Irak, le Maroc
est engagé dans un marathon de discussions et de réunions avec
les Etats-Unis pour la conclusion d’un accord de libre-échange.
Après le déclenchement de la guerre en Irak, les négociations
se poursuivaient à Rabat comme à Washington pour trouver les termes
d’un accord définitif entre les deux pays. La logique du business
est favorable à une ouverture économique sans conditions qui permet
à un pays comme le Maroc d’ouvrir ses frontières à
tous les investisseurs étrangers qui portent un projet dont la valeur
ajoutée consolidera le PIB national. Mais, quand ce projet sort de son
périmètre économique et renferme une idéologie politique
hostile aux Américains, c’est qu’il y a un problème
majeur auquel les autorités marocaines ne font pas attention. Ce problème
risque d’affaiblir la position des Marocains dans des discussions déjà
jugées difficiles avec les Américains. Car, il faut bien le dire,
l’emploi “opportuniste” de la cause palestinienne et l’utilisation
du nom d’un lieu saint de l’Islam pour lancer une boisson aux objectifs
avoués de contrer l’impérialisme américain, pourrait
bien jouer contre le Maroc dans son souhait de conclure un accord de libre-échange
avec les Etats-Unis.
Pepsi-Cola
Retour officiel au Maroc
C’est
déjà fait. La société les Eaux minérales
d’Oulmès qui appartient au groupe Holmarcom a obtenu l’autorisation
définitive et officielle auprès de la maison mère de Pepsi-Cola
pour embouteiller et distribuer cette prestigieuse marque de boissons gazeuses
au Maroc. Ce retour confirmé intervient après une disparition
du marché marocain de plusieurs années. La filiale d’Holmarcom
a dit avoir ouvert les négociations avec la maison mère de Pepsi
du temps du Président et fondateur du groupe, Haj Abdelkader Bensalah.
Parfois menées à couteaux tirés, ces négociations
ont finalement abouti. Néanmoins, on ne connaît pas encore la date
de lancement de la boisson.
La
source: Fondée en 1997, "La
Gazette du Maroc" est un hebdomadaire d’information générale.
Les sujets économiques et les reportages de société occupent
au sein de ce média une place importante.
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